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La croix Hosannière

croix-hossanier-nantheuil 2Le caractère sacré du cimetière a toujours été marqué par des construtions monumentales particulières, soit purement utilitaires comme les ossuaires, soit symboliques ou votives (portes monumentales, chapelles funéraires, lanternes des morts ou croix hosannières) qui rappellent aux fidèles par la lumière, le signe de la croix ou l'image du crucifié, la présence des morts, les mystères de la Passion et de la Rédemption, l'existence de la vie éternelle...
Cette tradition est sans doute très ancienne et remonte au tout début du Moyen-Age, sinon à l'Antiquité ; toutefois, les monuments qui sont parvenus jusqu'à nous ne paraissent pas antérieurs à la période romane. Les lanternes des morts restent une caractéristique du Centre et de l'Ouest de la France. On les retrouve souvent en Berry, en Auvergne, en Limousin et Périgord, sur les bords de la Loire et bien sûr dans le Poitou-Charentes où l'on dénombre une trentaine de croix protégées au titre de la loi sur les monuments historiques..
L'étude de leur typologie montre que d'un monument très simple : stèle, colonne, pilier surmonté d'une croix à branches égales assez peu décorée sinon de motifs géométriques fréquents au début du Moyen-Age, on passe progressivement à des représentations de plus en plus complexes : d'abord représentation de crucifix (XIIIe) puis, sur l'autre face, de la croix, de l'image de la Vierge, puis de part et d'autre, sur des supports, de la Vierge, de saint Jean et des anges. Enfin, le socle lui-même s'orne peu à peu de statues de saints ou d'évangélistes (XIV, XVe) que les formes prismatiques en usage à cette époque permettent de multiplier. A la fin du Moyen-Age et au XVIe on a des calvaires entiers où sont représentés les acteurs et les différentes scènes de la Passion, formule peut-être héritée des grands retables flamands et qui connaîtra une faveur particulière en Bretagne où le culte des morts a donné naissance à des formules monumentales originales.

Cecroix-hossanier-nantheuillle de Nantheuil date vraisemblablement du 15ème siècle. Peut-on réellement parler de croix hosannière classique ? La plus classique est d'une hauteur de plusieurs mètres. Elle est posée sur un soubassement en pierres. La colonne est pleine et surmontée d'une croix. Elle surmontait souvent une fosse commune ou un ossuaire. Ci-contre, croix hosannière de Chermignac (Charente-Maritime, France) qui comme on le voit est beaucoup plus imposante Que celle de Nantheuil.
A Nantheuil, l'emplacement actuel est très récent: un camion avait renversé la croix qui se trouvait au sud du monument aux morts ; elle a été mise à l'abri de la circulation à l'endroit actuel.

Sur le coté Est de la croix on découvre une vierge auréolée, mater dolorosa.

On remarque que la Vierge est, comme le Christ de l'autre côté de la croix coupée en deux au niveau du bassin; on peut en regardant de près voir  sous ses mains des traces d'outils .De même on voit que la colonne de la croix n'est pas du tout de la même pierre que la croix, elle doit donc être bien postérieure,sans doute 19ème voire 20ème siècle.

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Côté Ouest, on trouve un Christ en croix dont les jambes manquent, surmonté de l'inscription I.N.R.I (Iesus Nazarenus Rex Iudæorum)

qui peut se traduire en français par « Jésus le Nazaréen, roi des Juifs ».

croix-hossanier-nantheuil 5Il s'agit du titulus qui a été inscrit par les Romains sur la croix de crucifixion de Jésus de Nazareth condamné à mort par le procurateur romain de Judée de l'époque, Ponce Pilate
Ce titulus est tiré de l'Évangile selon Jean1 : « Pilate fit graver une inscription, qu'il plaça sur la croix, et qui était ainsi conçue : Jésus le Nazôréen, roi des Juifs ». Elle devient « Roi des juifs » dans l'Évangile selon Marc2, « Jésus roi des juifs » dans l'Évangile selon Matthieu3 et « Celui-ci est le roi des juifs » dans l'Évangile selon Luc4.

Cet écriteau ne représentait dès lors que le simple acte d'accusation de Jésus, exécuté en tant que criminel politique, d'où sa sentence sur la croix.

Le texte raconte que, par cette phrase, les Romains voulaient railler celui qui se proclamait le Messie. Ils l'ont couronné à leur manière, avec une tiare d'épines.

Il est aussi dit, à plusieurs reprises dans les évangiles (notamment celle de Matthieu5 et de Luc6), que Joseph serait le descendant direct du roi David, et qu'ainsi l'expression "roi des juifs" désignerait sans ironie l'hérédité de Jésus. Cependant cette généalogie est soumise à controverse.

Un autre sens est parfois donné à l'acronyme : Igne Natura Renovatur Integra (le feu fait renaître la nature).


  1. Jn 19,19
  2.  Mc 15,26
  3.  Mt 27,37
  4.  Lc 23,38
  5.  Mt 1,1
  6.  Lc 2,4