ville-nantheuil
panneau-village

Un Périgourdin dans la campagne de Cilicie en Turquie en 1920

perigourdin-en-syrie 2

Retranscription de deux carnets de mémoire de Marcel Rouchaud Concernant la période 1919-1923 dans la région d'Alep en Syrie pour le premier carnet.

Si la campagne de Cilicie vous intéresse, visitez comme moi, avec passion,  un site très bien documenté et complet sur le sujet : http://www.eliecilicie.net/

perigourdin-en-syrie 4

Mémoires d'un éclaireur de France

1908 Préparation militaire (bataillon scolaire)
1913-1916 Eclaireurs de France (section rouge, légion de Bordeaux)
En novembre 1911, Nicolas Benoît et ses amis des "Éclaireurs de France" se retirent officiellement de la Ligue d'Éducation Nationale et les statuts d'une nouvelle association sont déposés le 2 décembre. Le 6 novembre 1913, sont déposés les statuts d'une association des "__Éclaireurs Français_": ce n'est qu'en 1964 que les deux associations non - confessionnelles se rejoindront pour créer le nouveau Mouvement, les Éclaireuses & Éclaireurs de France.
Jusqu'à la déclaration de guerre, les effectifs augmenteront lentement mais sûrement: 4800 en 1913, 9600 en 1914. Dès les débuts de la guerre, les E.D.F. tiennent leur place et apportent leur esprit de service. À partir de 1916, l'introduction d' "Éclaireurs", traduction française du "Scouting for boys" de Baden-Powell, s'accélère.
Eclaireurs internationaux, section bleue, légion de bordeaux
Création de l'Internationale scoute

1922 - Congrès scout mondial de Paris
En 1922, le congrès scout mondial organisé à l'initative de Baden-Powell à la Sorbonne à Paris fonde les bases de ce qui deviendra plus tard l'Organisation Mondiale du Mouvement Scout : une organisation mondiale de jeunesse œuvrant pour la Paix et la Fraternité entre les hommes après les horreurs de la Première Guerre Mondiale, aux idéaux proches de ceux de la Société des Nations. Les scouts français participent activement aux jamborees grands rendez-vous de cette internationale pacifique et joyeuse de la jeunesse.

Incorporation au 123ème Régiment d'infanterie

perigourdin-en-syrie 5" Vers le ( ?) Février 1919 je prenais le train de permissionnaire qui partait de Bordeaux vers 5 heures du soir.
J'arrivais à Orléans le soir vers minuit, à Troyes dans l'après midi du lendemain de mon départ ; et à ( ?)apine la gare régulatrice vers 6 heures du soir.
Là, il fallait attendre assez avant dans la nuit et prendre le train de Strasbourg, Bar le Duc, Nancy, Apricourt, Saverne, Sarrebourg, Bitch ( ?) et Strasbourg. A la gare de triage de Bitch nous y restions 3 ou 4 heures. C'était aussitôt le ravitaillement dans les coopératives, c'étaient les grands achats de boîtes de sardines, harengs saurs, pinard et cigarettes. La toilette se faisait au robinet, ou mieux encore sous le tuyau mal fermé du château d'eau de la gare.
Les peaux de bouc (*), les bidons, une avalanche de musettes, la tête émergeait d'un amas de bleu horizon, de kaki et de noir, …. " le récit s'arrête là

perigourdin-en-syrieM. H Deguine nous précise : "Les peaux de bouc auxquelles l'auteur fait référence sont des peaux taillées en forme de tunique sans manche que les soldats fixaient au-dessus de la capote, et au-dessous des équipements (ceinturon, cartouchières), pour se protéger du froid. C'était un équipement de tranchée particulièrement apprécié l'hiver (nous sommes en février), également utilisé au bivouac pour les postes de garde."

Marcel Rouchaud dessine ses impressions

 perigourdin-en-syrie 3  perigourdin-en-syrie 6


En Orient :

Visiblement la partie que Marcel comme prépondérante, elle est très renseignée. Haute Mésopotamie le 11 juin 1922
perigourdin-en-syrie 7La Campagne de Cilicie (Turquie 1919-1920)
1920, nous sommes au lendemain de la Grande Guerre et du génocide Arménien. Les Turcs, alliés aux Allemands, sont vaincus. Dans le chaos de l'effondrement de l'Empire Ottoman, les soldats Français sont en Cilicie, avec l'accord du Sultan et un mandat de la SDN, pour aider les Arméniens à rentrer chez eux, redémarrer l'économie et l'administration.

Les Régiments de Tirailleurs Algériens sont constitués de soldats, appelés ou volontaires, venant de tout le Maghreb colonisé par la France. Ce sont en grande majorité des Arabes ou des Berbères, mais il y a aussi des Juifs et des colons européens. Les officiers sont en partie recrutés en métropole.
Plusieurs régiments de Tirailleurs Algériens interviennent dans la Campagne de Cilicie.
Le premier régiment à arriver sur place est le 18ème RTA. Voici ce qu'on lit dans le Journal de Marche et Opérations de ce Régiment (SHD 34N275) :
Le 27 octobre 1919 le "Tsar Ferdinand" mouillait le premier en rade de Mersine à deux milles de la côte de Cilicie.
Dans la soirée les troupes étaient transportées à terre et, le 30, le reste du Régiment ayant été débarqué, les 3 bataillons s'installaient au cantonnement bivouac.
Dès son arrivée, le Lt-Colonel Commandant le Régiment recevait du Colonel de Piépape, Commandant les troupes françaises en Cilicie, le message suivant: "Vous souhaite la bienvenue ainsi qu'à votre Régiment. Sauf direction contraire reçue de la Division, prenez dispositions suivantes pour votre installation provisoire: Etat Major Régiment et 2 bataillons à Tarsous, 1 Bataillon à Adana, 1 Compagnie à laisser à Mersine comme compgnie de base. Mouvement à faire par voie de terre. Premier bataillon débarqué fera mouvement sur Adana laissant une compagnie à Mersine." Ces ordres étaient confirmés de Beyrouth par le Général Dufieux, Commandant la 156e Division, à laquelle le 18e était rattaché.
Cependant, très rapidement le Régiment se disperse sur tout le vaste territoire sous mandat français, où, selon les endroits, il collabore avec les soldats du 412ème R.I., des Tirailleurs Sénégalais, des soldats de la Légion Arménienne, des spahis, des chasseurs d'Afrique.
A la fin de décembre la situation du régiment est la suivante:
Aïn-Tab :        Colonel, C.H.R., 1e, 9e,11e Cies et C.M.3
Bozanti :        2e Compagnie
Osmanié :      3e Cie et C.M.1
Marache :    10e Compagnie
Djerablous :  5eCie et C.M.2
Ourfa :            6e et 7e Cies.
Au début de février 1920, d'autres Tirailleurs Algériens viennent en renfort. Ils constituent la Colone Normand qui doit délivrer la garnison de Marache assiégée. Georges Boudière, sous-officier né en 1898, raconte (SHD 66393) :
El-Oglou, le 6 février 1920

Le six, au petit jour, la colonne Normand s'ébranle. Elle est composée du troisième bataillon du 22ème RTA (bataillon Bernard), du premier bataillon du 21ème RTA (bataillon Bouvet, le mien), du deuxième bataillon du 21ème RTA (bataillon Josserand), d'un peloton de chasseurs d'Afrique, d'une batterie attelée de 75, d'une batterie de 65 de montagne, d'une ambulance alpine, et de cent cinquante chameaux chargés de sacs de farine. C'est là une force imposante. Mon bataillon est placé en réserve, à la garde du convoi.

Suite du récit de Marcel Rouchaud

perigourdin-en-syrie 9" Embarqué à bord du Winh louh ( ?) 22 mars 1920 pour être dirigé sur Constantinople.
Le Winh louh est un vieux bateau qui fût lancé à Bordeaux vers 1884 pour servir au transport des troupes destinées au corps expéditionnaire de Chine ; depuis la guerre 1914-1918, il est affecté au service sanitaire, son parcours régulier jusqu'alors est Toulon-Constantinople et retour par l'échelle du Levant.
Parti de Toulon le 22 mars nous arrivons à Sidi abdhallah (Tunisie) le 25. Le bateau fait escale 2 jours pour faire du charbon.
Ferryville qui est mitoyenne de Sidi est une charmante petite ville tunisienne, je l'ai visitée, en résumé, je la trouve très agréable, son marché indigène, ses quartiers arabes sont intéressants pour un novice chez les musulmans.
Bizerte, nous y faisons escale 2 heures pour y embarquer un contingent d'indigènes musulmans  ( ?) à l'A.O.
Nous reprenons la mer, maintenant nous ne devons plus nous arrêter, notre première et deuxième escale est Constantinople.
Nous longeons les côtes de Sicile, celles de Grèce et le 29, nous pénétrons dans le Détroit des Dardanelles. Seddul Bark se dresse sur le point extrême de la presqu'île de Gallipoli (capitaine Lescure 129 B.S.) en face se trouve Kum Kalé, et entre les deux forts au plus profond des flots est coulé corps et biens " le Boulet ". Nous rendons les honneurs à tous ces héros victimes au début de l'expédition des Dardanelles en 1915.
Nous voici dans la mer de Marmara à droite et à gauche se dressent comme des haies géantes, les falaises abruptes du détroit.
A Chanach le Winh louh stoppe  pour satisfaire aux lois turques qui régissent le port de Constantinople. Le lendemain vers 8 heures nous sommes en rade de cette dernière. Du bord nous avons un superbe point de vue, la ville s'étage avec ses toits rouges, ses minarets, les dômes de ses mosquées, c'est très beau, le site est admirable. Autour du bateau, les marsouins font la roue, ils sont innombrables dans la mer de Marmara et le Bosphore.
Vers 15 heures un chalutier, " le coq " nous transporte à terre. Nous sommes dirigés à Stamboul sur la caserne Victor (gîte d'étape).
Nous restons 3 jours à Constantinople pour visiter grosso modo la ville.

A Constantinople

perigourdin-en-syrie 10Péra, Galata furent nos principales promenades. Péra est luxueux, c'est en somme un quartier exclusivement européen ; Galata est à Constantinople, ce que sont les abords des quais de nos villes maritimes en France ; c'est-à-dire sale et cosmopolite.
Stamboul est le vrai quartier turc, de même que Scutari, Stamboul est relié à Péra et Galata par le pont de Galata. Ce pont est de construction allemande et est très importatnt. Il s'ouvre chaque kour de 5 heures à 8 heures pour laisser passer les barques de pêche venant de la Corne d'Or
Le 3 avril, nous sommes mis en route sur Yeti-Koulé, nous prenons le train à Sirkedji, descendons à Top-Kapout, nous arrivons à la 122ème division dans la soirée (la Hardie).
Yeti-Koulé est un petit village attenant à Top-Kapout. Avec quelques camarades, j'ai visité une église orthodoxe, c'est très luxueux et ressemble assez à une église romaine ; partout des lustres en cristal, des ampoules électriques à profusion.
Le 7 avril, j'étais affecté au 27ème tirailleur indigène et devais rejoindre le régiment à Ramis, petit village au dessus de la Corne d'Or situé à 10 kilomètres de Constantinople.
Nous faisons le chemin à pied, nous longeons les remparts au travers des vieux cimetières Turcs. Arrivés au régiment, j'étais affecté à la CHR comme fonctionnaire sergent major. Après avoir pris les consignes je me mettais au travail, l'unité étant nouvellement constituée.
Eyoub Sultan, je l'ai visité dans ses moindres recoins, c'est la ville sainte des Turcs et où sont….sacrés les sultans. Il y a une quantité de tombeaux.
Voici une explication sur un tombeau… c'est un bâtiment ordinaire, avec une ou plusieurs pièces, cela dépend de la richesse  du défunt. Ce dernier est enterré dans le sol d'une pièce à environ 2 mètres de profondeur. Au dessus de son corps, marquant l'emplacement se trouve un meuble de bois recouvert d'un tapis de teinte unie (vert ou grenat) affectant la forme d'un cercueil. Les murs de cette salle sont recouverts de tapis d'orient, de bibelots de valeurs (sic).
Si le tombeau est somptueux, il y a une pièce réservée aux prières, une autre sert de salon. A une fenêtre donnant sur la rue, existe toujours une fontaine, des gobelets de cuivre ciselé y sont fixés par des chainettes, et tout passant qui est assoiffé se désaltère, c'est une marque de charité musulmane, prescrite par le Coran.
perigourdin-en-syrie 11J'ai bu aux gobelets des tombeaux, j'ai fumé le narghilet en savourant un délicieux café turc.
A cinq heures le soir, c'est à peu près l'heure de la fontaine, les femmes voilées du " tchartaf " arrivent lentement portant sur l'épaule ou sur la hanche la " gargoulette ", elles font queue pour puiser l'eau.

Le dimanche je me plaisais à descendre la Corne d'Or, soit en caïque, soit sur le bateau desservant la messagerie.
Askenï est un faubourg de Constantinople entièrement espagnol, de même que Fanarht. Ce sont des juifs exilés lors des guerres de religions.
A Stamboul, j'ai vu Sainte Sophie, c'est très intéressant.
L'entrée de l'ancienne byzantine est marquée par le tombeau de Célim II. Son tombeau est une mosquée, sous le dôme repose le corps de ses 4 femmes et ses 33 enfants, y compris le sien. Tous égorgés par les janissaires.
Ensuite ou peut-être dans la véritable Sainte Sophie, à gauche, existe la fontaine ou chaque fidèle procède à ses ablutions religieuses. Dans une colonne de granit, il y a un trou. D'après la légende, ce trou aurait été creusé par le prophète en introduisant son doigt dans la pierre. D'où vient son nom " trou de Mahomet ". Tout bon musulman doit mettre son doigt dans le trou chaque fois qu'il vient prier. Ce trou st toujours humide. J'en ai fait la remarque en y mettant mon index moi-même.
L'intérieur de la mosquée est tout en marbre blanc, par endroit, il y a des nervures qui représentent des diables, c'est extrêmement bien fait.
Il existe dans un bloc de marbre, la trace d'une main sanglante. La trace est comme si l'on appuyait la main à plat sur une motte de beurre.
En haut de la voûte aux quatre coins figurent encore le corps des anges avec leurs ailes, c'est en relief doré, mais à l'emplacement de la tête, les Turcs y ont dessiné une rosace. Ce sont les seuls vestiges du christianisme.
Dans un angle, se trouve une espèce de tribune grillagée, c'est la place réservée au Sultan, qui vient assister une fois par an à un office. Il y vient avec quelques favorites de son Harem.
Le Bosphore est délicieux également, à l'extrémité se trouvent les eaux douces d'Asie.
Après Eyoub, en haut de la Corne d'Or, se trouvent les eaux douces d'Europe.
Ramis n'est guère intéressant, c'est la campagne turque, c'est désertique.
Le 6 mai, le 27ème RTA est appelé à l'honneur de repousser les rebelles en Anatolie.
Le 12 mai, nous laissons Ramis et embarquions à Sirkedji à bord du bateau bulgare le " tzar Ferdinand ".
M( ?) … Je regrette Constantinople, c'est encore là le meilleur temps que j'ai passé en Orient. J'ai pu visiter la ville, de ce fait je me suis très instruit, ce que je viens de relater n'est que l'infime partie de mes impressions. Le tout serait trop long à raconter, surtout que nous faisons route vers le Levant.
A bord du tzar Ferdinand, le 13 mai 1920, Marcel Rouchaud "

Au Levant

perigourdin-en-syrie 12A trois heures de l'après midi, hommes, chevaux et bagages étaient embarqués.
A 6 h ½ le bateau levait l'ancre. Premier incident du voyage, l'ancre était accrochée à une épave sous-marine. Il fallut une grue de secours pour l'enlever. Ceci fait, nous prenons le large dans la mer de Marmara et le soir même pénétrions dans le détroit des Dardanelles, mais cette fois, le chemin se faisait en sens inverse.
La mer était excessivement calme, nous rendions les honneurs à Seddul-Barh-Kum Kali et au Boulet comme à notre arrivée en Orient.
Nous étions dans l'archipel des îles Ioniennes, Rhodes, etc.….
Le 14 mai un marin bulgare tombait à l'eau et était happé par un requin au moment où il essayait d'atteindre la bouée de sauvetage qu'on lui avait jetée (sic) du bord.
Son corps ne put être retrouvé et pour cause. Une compagnie du 1er Bataillon rendait les honneurs à cette nouvelle victime de la Grande bleue.
Le 15, notre quiétude fut encore troublée, vers  8 heures du soir, le feu prenait dans les soutes toutes proches des munitions du Bataillon.
C'était l'affolement, les indigènes pleuraient, se lamentaient, les Français étaient consternés. A ce moment, j'étais au carré des sous officiers et comme c'était le jour de ma nomination au grade de sergent major, j'étais un peu gris et en compagnie de trois ou quatre camarades, nous finissions de liquider les bouteilles de champagne, sans nous inquiéter du feu.
Il fallut 25 minutes pour enrayer l'incendie puis tout rentra dans l'ordre, mais nous autres n'avions pas lâché nos bouteilles. Nous savions que si le bateau sautait nous étions perdus, puisque nous étions à environ 100 kilomètres en mer au-delà de la plus proche côte, aussi après avoir pris le parti de boire du champagne avant de boire à la grande tasse pour toujours, Il n'en fût rien, tant mieux !!
Le 16 mai  1920 nous étions en rade d'Alexandrette, nous devions y débarquer. Il y eut contrordre. Nous devions nous diriger à toute vapeur sur Tyr (Sur) pour protéger les petits postes français menacés par les hordes chérifiennes.
Le 18 mai, nous arrivions à Tyr et nous débarquions le 1er bataillon. Cette vieille cité évoque bien l'histoire Sainte, jusqu'aux gens qui ont conservé le vêtement antique tout comme sous N.S.J.C.
Il y fait une chaleur torride, partout du sable et des rochers, aucun semblant de végétation, c'est le désert, la désolation.
Nous repartions de Tyr le 19 mai et nous arrêtions à Beyrouth pour y toucher des effets.
Beyrouth nous eut trois jours dans ses murs, à cette époque je n'eus guère le temps de visiter la ville. Nous y faisions une bordée je l'avoue et c'est tout.
Alexandrette nous y débarquions le 20 mai 1920. Nous cantonnions dans un hangar anglais jusqu'au 10 juin.
Le 8 juin, une colonne sous le commandement du colonel Clément du 27 RTA partait en reconnaissance sur l'Amanus ( ?) ouest. Je restais à Alexandrette avec ma compagnie, mais nous allions camper à 4 kilomètres de la ville au Camp K3, Camp Sable.
A Alexandrette, il fait une chaleur excessive, c'est marécageux, très mal sain, chaque jour des soldats français y laissent leur vie. On trouve dans ces régions des fourmis rouges, des scorpions, des chacals, des condors, quelques hyènes dans la montagne. Beaucoup de sangliers et de renards bleus. Les fourrures ne sont pas rares ici, mais très chères parce que elles sont brutes et le coût de la préparation et de la finition est très élevé
Alexandrette est le débouché d'Alep, les caravanes de chameaux sillonnent la campagne, c'est très pittoresque.
perigourdin-en-syrie 13Le 18 août, nous partions en colonne sur Mamoureh.

Peyas le 18 août. Village entièrement turc (nous ne pouvons visiter le village, cela nous est interdit par le commandement, le village n'étant pas sûr pour les Français).
Ergine Deurt-Yol le 19 août 10 heures. Village arménien Départ Ergine Deurt-Yol le 21 août à 2 heures du matin.
Ergine le 21 août au 22 août. Village entièrement turc, nous bivouaquons sur la lisière du village.
( ?) Le jour de notre arrivée : Le caporal Hayet tue un bédouin, nous trouvons une fillette près du mort, c'est un bandit qui l'a enlevé la veille et l'a violée. Nous la rendons à ses parents à Ergine.
Toprak-Kalé, nous y arrivons le 24 août, il existe que la gare, le reste est rasé par les obus.
Osmanié, nous y arrivons le 25 août et campons dans le bled.
Notre arrivée à Osmanié fut marquée par une réception un peu piquante, nous eûmes à essuyer une fusillade assez nourrie de la part des Turcs.
La colonne fut placée en carré, ma compagnie était sur une face. Vers 4 heures de l'après-midi, notre artillerie envoyait sur le village 1500 obus ; mais les Turcs nous arrosaient avec des 105 et des 77. Quelques obus tombèrent dans le secteur de ma compagnie sans blesser personne. A 8 heures tout rentrait dans le clame, à part quelques coups de feux par-ci par-là.
(Ce soir là, j'ai fait les permissions des 3 rapatriables, à plat ventre, cachant la lumière de la bougie derrière ma caisse de comptabilité)
Le 26 août nous relevions la Compagnie de la gare. Notre prise en mains fût marquée par un arrosage Turque (sic).
(Construction de tranchées, fortins etc. …)
Le poste possédait en totalité trois jours de vivres (biscuit, viande de conserve). Le train blindé qui devait nous ravitailler eut à soutenir plusieurs combats et coupures. Il nous apporta les vivres que le 12ème jour, le 6 septembre 1920.
Pendant ces 12 jours, il est impossible de décrire les souffrances physiques et morales que nous eûmes à subir dans ce maudit poste.
Pas de nourriture, à peine s'il était possible de faire chauffer de l'eau.
Le 2 septembre, il y eut une attaque notable qui dura de 4 heures du matin à 3 heures de l'après midi. Nos canons de 65 % ( ?) durent tirer à 0, les Turcs attaquaient en vague d'assaut tout comme au front français. (Grande consommation de grenade et munitions de toutes sortes), Nous eûmes un mulet de tué (Saponette) et de ce fait de quoi manger.
Les autres jours, il y eut quelques attaques mais c'était tellement commun. Je ne les raconte pas.
perigourdin-en-syrie 14Une fois cependant, étant réduit à la dernière extrémité, le colonel Clément donna l'ordre de tenter une sortie.
Elle fut exécutée avant l'aurore, nous prenions aux Turcs un troupeau de 22 têtes de bétail dont 8 buffles. Mais comme toujours, ce même jour le train blindé nous apporta un ravitaillement assez conséquent.
J'ai mangé durant mon séjour à Osmanié du mulet et des crabes de terre.
Le reste du mois de septembre fût en général assez calme, ma compagnie fût dissoute à la date du 1er octobre. Nous étions relevés le 30 septembre par un bataillon du 25e tirailleurs.

Le 1er octobre les 21 bataillons du 27e  RTA reprenaient le chemin de Toprak-Kalé.
Le lieutenant Leschi me passait le commandement du train régimentaire. Sur la gauche du convoi n'existait aucune flanc-garde. Nous essuyons une forte fusillade qui dura 25 minutes et fût enrayée par un flanquement de mitrailleuse provenant de l'                rrière garde.
Toprak-Kalé ( en Turc, veut dire fort de terre)
Nous y arrivons le 1er octobre vers 10 heures, je retrouve Pradau dit " gigot "à l'infirmerie, il est évacué sur Alexandrette. Installation de mon bureau dans un wagon de la " bagdaden "
Distribution de  vivres de la BH ( ?) aux bataillons, Bonfils reste avec moi.
Départ de Toprak-Kalé le 12 octobre 1920 en chemin de fer (train blindé).
Ergine (gare) nous y arrivons à 9 heures. Nous faisons la soupe sur la forge à cuisse ( ?)
Van-Lers (emplacement où fut tué le lieutenant Van-Lers) Nous y arrivons vers 8 heures du soir.
Bonfils a une crise de fièvre, nous n'avons pas d'eau, je demande à lieutenant, Partageons 1 litre d'eau entre cinq.
Le 14 octobre, nous transbordons le matériel dans des voitures civiles (bédouines).
Deurt-Yol (base) y arrivons à 5  heures (capitaine Ledoux).
Installation de guitounes sur la plage.
(Orages fréquents) Embarquons le 16 octobre à bord d'une goélette grecque. Départ 7 heures du matin. Brise nulle. Le soir tempête, le capitaine Loruy nous sauve la vie en prenant le commandement de la goélette. Nous débarquons à Alexandrette le 17 à 2 heures du matin. Nous couchons à la Place dans une cour.
Alexandrette, le 17 octobre 1921
Je fais transporter le matériel au camp Salles ou je suis pris en substance. J'installe mon bureau dans une baraque Adrian.
J'ai quelques accès de fièvre.

perigourdin-en-syrie 15Le 28 octobre, Laloux (aspirant) embarque pour France. Le colonel me délègue comme officier ravitailleur du régiment à Alexandrette. Le 2 novembre se déchaine un cyclone qui brise toutes les baraques. Ma comptabilité est à peu près anéantie, Lafargue blessé au bras ; suis blessé au pied gauche. 5 novembre j'installe mes bureaux à Alexandrette chez le Consul Impérial de Perse ( 5 livres syriennes par moi).
Le 12 décembre ma comptabilité est arrêtée, Remise au lieutenant Leschi.
Deurt-Yol y suis dirigé pour remettre caisse d'archives
Le 13, je reviens à Alexandrette, je mange chez Hippopoulos. (déraillement du Décanville).Le 18 janvier, je pars à Osmanié pour me faire établir ma permission.
Toprak-Kalé-Osmanié (visite du village) est entièrement soumis.
Retour à Alexandrette le 23 janvier 1921. Nous faisons la noce jusqu'au 16 février, jour de notre embarquement  sur le " Pelotal ".
Nous arrivons et débarquons à Beyrouth le 17 février en sub( ?) aux Arts et Métiers.
A Beyrouth, nous y restons 23 jours c'est inouï l'argent dépensé en si peu de temps, pour ma part, j'avoue avoir liquidé cinq mille francs, toutes mes économies.
Nous embarquons le 12 mars à bord du " Mandu ", bateau brésilien. Adieu à la Syrie, ou plutôt au revoir………
Mauvaise mer durant toute la traversée. Nous mangeons mal . Mal couchés. Avarie de machines, nous faisons escale à Ajaccio (Corse).
La traversée du détroit de Messine est admirable, sur notre droite, nous avons Reggio avec ses milles lumières électriques, c'est féérique. Messine est à gauche et n'est pas moins joli. On distingue également le Stromboli avec ses laves.
Le détroit de Bonifacio est dangereux, à droite la Corse, à gauche la Sardaigne.
Le 19 mars à 11 heures nous apercevons dans les brumes la haute silhouette de Notre Dame de Lagarde, ce vieux Marseille est en vue.
Nous sommes remorqués et rentrons dans le port vers 15 heures. Débarquement à 17 heures.
Visite de la douane. Palais de Cristal et couchons à l'hôtel " Méditerranée ".
Le 20 mars à 7 heures, nous allons travailler au bureau du camp pour avoir nos permissions plus rapidement.
A 6 heures le même jour avec Bonnet, prenons le train de Bordeaux et arrivons dans cette ville le lendemain 21 mars à 10 heures et ½ .Bordeaux, à la gare, Maman et Joseph

Permission de quarante-huit jours, valable du 20 mars au 6 mai 1921

perigourdin-en-syrie 16le 9 mai 1921 à Colonel commandant le 27e RMTA au Levant.
Vendays Montalivet. Reçu les papiers pour le rengagement le 29 juin 1921. Le 7 juillet, j'ai rengagé pour deux ans et suis mis en route immédiatement.
Départ de Bordeaux le 9 juillet 1921 à 6 heures du matin. Arrivé à Marseille le 9 juillet 1921 à 7 heures du soir en subsistance au camp de la cathédrale. Je mange au fort Saint Jean.
Connaissance de Lerouge (Zoto) spahi marocain et de Ruel (chars d'assaut).
Embarquement à bord du salzburg (bateau intllé ) le 22 juillet 1921.

2ème arrivée au Levant

Bizerte le 24 au 25 à 11 heures du soir. Baignade à la plage Randonnée dans les ………. !
Beyrouth le 31 juillet. Débarquement le 1er août 1921Durfeiti au Lazaret et mis en quarantaine à la Mosquée.
Hospitalisé jusqu'au 20 septembre 1921. Sorti de l'hôpital, mange au cercle des sous officiers. Suis sans argent. Que faire en attendant la solde. Rencontre de l'adjudant Bellangey du 27e tir. Il m'invite à manger au carré du DTIR , ça colle j'ai la nourriture.
Le 28 septembre, embarqué à bord du " Zitania " pour être dirigé sur Alexandrette.
Le 29, débarqué à Lataquié, jolie petite ville arabe. Le 30 débarqué à Mersine (Cilicie) mangeons au restaurant, remontons à bord à 15 heures.
Le 1er octobre Alexandrette en subsistance au camp Salles. Retrouvé ce vieux Bonfils. Nous mangeons un Alexandra, grande nouba. Je couche au P.A. et le 2 avant le jour je remonte au camp Salles.
Le 6 octobre je quitte Alexandrette avec un détachement de Sénégalais (lieutenant Loche)
perigourdin-en-syrie 17A 11 heures nous passons au col de Beylan et faisons la halte repas. Nous repartons à 17 heures et allons bivouaquer à Chicali, petit village turque (sic) situé à 35 kilomètres d'Alexandrette.
Avec un légionnaire syrien je me rends au village pour acheter des œufs, poulets, etc… Nous sommes reçus par le Caïd, qui nous touchant le bienvenu à la Turque et attache lui-même nos chevaux.
Nous revenons au bivouac, où nous faisons un bon gueuleton.
La nuit, avec mon groupe de tirailleurs, je dois garder une face du bivouac. J'installe mon petit poste dans un vieux cimetière turc, me roule dans ma couverture et bonsoir….
Il fait tellement froid que personne ne peut dormir. Les tirailleurs Algériens, Sénégalais, légionnaires allument des feux pour se chauffer.
Au petit jour, nous reprenons notre marche en avant, avec mes tirailleurs, je forme la pointe.
La halte repas a lieu dans une oasis et à 14 heures nous reprenons la marche pour arriver à Antioche vers 17 heures.
Antioche, nous y arrivons à 17 heures, je conduis et installe mes tirailleurs. Je retrouve l'adjudant Denelle au bureau du colonel. Ouf, me voilà au régiment. Depuis le 7 juillet que je suis parti de Bordeaux, je l'atteints le 8 octobre 1921 mais je ne suis pas encore à ma Compagnie.
En attendant de rejoindre le bataillon, je reste au bureau du colonel, pas beaucoup de travail ; je visite Antioche, en haut de la crête, on aperçoit les vestiges de la citadelle de Godefroy de Bouillon (guerre sainte-croisades).

perigourdin-en-syrie 18Antioche est une petite ville mi-turque, mi-arabe ce sont toujours les mêmes constructions orientales, mosquées, minarets, petites maisons de bois ou de torchis, possède plusieurs magasins, cafés, thermes arabes et X……… une petite rivière aux eaux limoneuses traverse la cité, elle s'appelle l'Oronte.
Antioche vers 1920 avec vue sur l'Oronte.
Une colporteuse syrienne à Antioche en 1920
Nous sommes logés dans une vieille caserne turque.
Dimanche 9 octobre : avec desselle nous partons à la chasse, visitons un moulin à eau turc, nous rentrons bredouilles, il fait trop chaud pour qu'il y ait du gibier.
Lundi 10 octobre. Visite des quartiers turcs, commerçants, mercantis de toutes sortes.
Mardi 11 octobre. R.A.S.
Le 19 octobre 1921 départ d'Antioche à 8 heures du matin par camions.
Arrivés à Alexandrette le 19 au soir vers 5heures en subsistance au camp Salles.
Je mange plusieurs fois au P .A. d'Alexandrette avec ce vieux Bonfils, Guyot etc… Obtenu permission permanente pour descendre à Alexandrette.
Je compte partir sur Alep d'ici deux ou trois jours. La route sera longue, environ 160 kilomètres, nous allons la faire à pieds, d'autant plus que nous n'aurons pas de voitures pour les bagages.
23 octobre. Je mange au P.A. le matin, fais un tour de promenade, nous prenons un verre à la patte d'oie et je remonte à pied au camp Salles.
Il fait toujours très chaud et je constate que l'année dernière à même époque la température était bien plus basse, c'était la sison des pluies et orages. Il y a très peu de soldats à Alexandrette, cela provient de deux raisons : 1°la 4e division  étant dissoute, le QG est à Alep avec le 2e DJ ( ?) 2° la classe 20 est bien moins nombreuse que la classe 19.

A la fin de ce chapitre, Marcel a dessiné ceci :

perigourdin-en-syrie 19

La citadelle d'Alep vers 1920

26 octobre 1921 : départ d'Alexandrette à 12 h ½, les hommes tombent, tellement la chaleur est accablante. Nous faisons la halte et installons le bivouac à Beylan.
(Ci-dessous, photo du col de Beylan, verrou qui permet de passer de la côte méditerranéenne vers l'intérieur de la Syrie. Depuis la plus haute antiquité, c'est un point de passage très important comme le montre le piton de Beylan où se trouve une forteresse tenue par les francs dès 1150 pour le contrôle nord de la principauté d'Antioche.NDT)

perigourdin-en-syrie 20
Installation des postes de garde, je mange avec le lieutenant Décriem, qui me délègue comme ravitailleur du convoi.
27 octobre 1921 : départ de Beylan à 5 h ½. L'étape est longue, environ  35 kilomètres. Arrivée à Kéri-Kan à 12 heures. Je touche et distribue les vivres avec l'adjudant Kerno, le maréchal des logis Bouket et le fourrier Laramié, nous faisons une grande nouba. (12 bouteilles de champagne à 4).
28 octobre 1921 : départ de Keri-Kan et avec 35 kilomètres, il fait très chaud, le sable nous rentre dans les yeux, nous arrivons vers 13 heures à El-Haman.
29 octobre 1921 : Départ d'El-Haman et après plus de 36 kilomètres, nous arrivons à Katma vers 12 heures et prenons le train à destination d'Alep où nous débarquons à 19 heures. Un planton du bataillon vient prendre le détachement pour servir de guide. Je couche à la citadelle d'Alep. Affecté à la 5e compagnie le 30 octobre 1921.
31 octobre 1921 : Je visite Alep dans ses coins favoris. La citadelle où je suis logé est construite sur un monticule granitique ; elle est munie de souterrains, oubliettes, tombeaux, etc. En compagnie de l'adjudant Badret et du planton Astier, j'ai exploré ces sombres couloirs à cent pieds sous terre. J'ai été excessivement impressionné de tout ce que j'y ai vu ; on peut juger de quelle énergie et force de caractère avaient les hommes d'autrefois pour entreprendre des constructions aussi formidables. Nous sommes passés dans des couloirs, sortes de boyaux, où il fallait ramper. Nous avons fait cette journée là preuve d'une audace ou plutôt d'une imprudence qualifiée.
J'ai conservé de cette excursion une fléchette, un petit boulet en fer. Le 5 octobre 1921, nous quittons Alep pour nous rendre à un poste  d'Iper ( ?) Maarset. Nous y arrivons à 13 heures, nous formons le carré, la Compagnie est face à la route.

Prise de poste à Khassa

Katma : le 7 novembre 1921, nous arrivons à Katma, je suis brisé de fatigue. Rencontre du lieutenant Décrien, Maréchal des logis Bousquet, visite de la maison de famille !!
Les 8 échange des roues du camion de la roulante. Repos.
Caracal-Abdirman : y arrivons à 12 heures, installation du bivouac, travaux divers, cueillette du cresson ( ?)
El Haman : nous y arrivons à 12 heures, un peu fatigués ; bains sulfureux ; 3 fontaines sulfureuses ; demain l'étape sera longue.
Kéri-Kan : le 10 novembre, nous arrivons exténués de fatigue ; y passons le 11 novembre et partons le 12 au matin pour Kassa ; nous couchons dans un bois ; la journée chasse tué deux torrtues.
Kassa : (Cilicie) nous y arrivons le 13 au matin et prenons  possession du poste le lendemain le 14 novembre 1921. C'est un petit village entièrement Turc. Une seule rue bordée de chaque côté par de beaux platanes et noyers. Des mercantes, quelques artisans, cordonniers, tailleurs, maréchaux, une mosquée horrible s'érige au centre du village. Quelques cafés rustiques.
Le Konac est situé au nord est du village, au-delà, c'est là que couche le commandant d'Arnus. Tout autour du konac (mairie en turc) se dresse une enceinte en pierres et terre battue, des tranchées, des blockauss. Partout des cagnas, c'est une vraie ville militaire que l'intérieur de cette enceinte.
Nous autres la 6ème Cie nous sommes aux avants postes, au sud ouest du village, nous logeons  dans une maison turque à un étage, tout autour, des tranchées, des fortins et des barbelés. L'horizon est magnifique, d'un côté la plaine immense, à l'opposé ce sont les belles montagnes vertes et mauves qui dressent dans le haut du ciel  leur cimes un brin neigeuses.
Le secteur est très calme, à peine si depuis notre arrivée à Kassa, nous avons entendu quelques coups de feu.
Mon bureau est installé dans une pièce de la maison à un étage. J'avoue que j'y suis fort bien.  Un lit de camp, j'ai le confortable, c'est le principal.
Mon travail n'est pas excessif, mais la comptabilité de la Compagnie est en retard, mes prédécesseurs ayant lanterné, je suis obligé de rattraper le temps perdu.
perigourdin-en-syrie 21Le 29 novembre, nous échangeons de positions, un capitaine du service de renseignements est venu nous relever avec une escorte de miliciens.
Le 3 décembre 1921, nous sommes alertés, des émissaires turcs sont arrivés aujourd'hui ; ils sont une cinquantaine ; ils ont pour mission d'occuper Khassa ; à 2 kilomètres du poste sont bivouaqués deux compagnies et un escadron turcs ; un message par T.S.F. a été adressé à Alexandrette, demandant des instructions ( les Turcs revendiquant Khassa, et par contre le traité de paix franco-turc, le concédant à la France).
Demain matin à neuf heures, le bataillon Turc doit faire son entrée officielle dans le village et l'occuper […haut de page déchiré, trois lignes de perdues] de guerre internationaux.
Pour le moment, nous sur nos gardes, les sentinelles sont doublées, nous faisons la veillée des armes. Nous avons hâte d'être à demain pour avoir une solution ! La guerre ou la paix !
Dans notre petit poste, nous sommes 17 soldats et 3 sous officier, qui se décomposent comme suit : 1 segent major, 1 sergent, 1 caporal fourrier, 4 français en tout et les 16 autres sont indigènes algériens.
Le 3 décembre 1921, nous sommes alertés, des émissaires turcs sont arrivés aujourd'hui ; ils sont une cinquantaine ; ils ont pour mission d'occuper Khassa ; à 2 kilomètres du poste sont bivouaqués deux compagnies et un escadron turcs ; un message par T.S.F. a été adressé à Alexandrette, demandant des instructions ( les Turcs revendiquant Khassa, et par contre le traité de paix franco-turc, le concédant à la France).
Demain matin à neuf heures, le bataillon Turc doit faire son entrée officielle dans le village et l'occuper […haut de page déchiré, trois lignes de perdues] de guerre internationaux.
Pour le moment, nous sur nos gardes, les sentinelles sont doublées, nous faisons la veillée des armes. Nous avons hâte d'être à demain pour avoir une solution ! La guerre ou la paix !
Dans notre petit poste, nous sommes 17 soldats et 3 sous officier, qui se décomposent comme suit : 1 segent major, 1 sergent, 1 caporal fourrier, 4 français en tout et les 16 autres sont indigènes algériens.

Le 3 décembre 1921, nous sommes alertés, des émissaires turcs sont arrivés aujourd'hui ; ils sont une cinquantaine ; ils ont pour mission d'occuper Khassa ; à 2 kilomètres du poste sont bivouaqués deux compagnies et un escadron turcs ; un message par T.S.F. a été adressé à Alexandrette, demandant des instructions ( les Turcs revendiquant Khassa, et par contre le traité de paix franco-turc, le concédant à la France).
Demain matin à neuf heures, le bataillon Turc doit faire son entrée officielle dans le village et l'occuper […haut de page déchiré, trois lignes de perdues] de guerre internationaux.
Pour le moment, nous sur nos gardes, les sentinelles sont doublées, nous faisons la veillée des armes. Nous avons hâte d'être à demain pour avoir une solution ! La guerre ou la paix !
Dans notre petit poste, nous sommes 17 soldats et 3 sous officier, qui se décomposent comme suit : 1 segent major, 1 sergent, 1 caporal fourrier, 4 français en tout et les 16 autres sont indigènes algériens.

Coup de blues

perigourdin-en-syrie 22Les tirailleurs prennent leur emplacement de combat, je m'assure des éléments de résistance, attention à faire feu au commandement.
Le petit poste nord ouvre le feu, nous autres nous attendons.
Vers une heure du matin, tout rentre dans le silence, fin de l'alerte. Le reste de la nuit se passe sans incident.
Le 4 décembre 1921 : nous attendons les Turcs. Le quartier reste consigné jusqu'à 15 heures, un émissaire Turc se présente et est conduit au chef du bataillon. Nous ne nous battrons pas , tout rentre dans le silence.
Les jours se succèdent sans incident.
Le 14 décembre 1921 : ces jours-ci le calme est relatif, chaque soir je travaille à ma comptabilité jusqu'à 9 heures, dix heures parfois. Dans mon bureau existe une cheminée, nous y faisons du feu et avec quelques camarades nous veillons jusqu'à 1 heure deux heures dans la nuit. Nous causons, nous discutons, la question des femmes revient  toujours sur le tapis, chacun dit son mot et en soi même pense à un beau corps de femme. Mais hélas,  ces formes jolies sont très rares, ici c'est la pénurie sur toute la ligne ; on y songe, un soupir de contrariété effleure nos lèvres puis c'est tout.
Cependant, nous connaissons tous la vie ; quel est le plaisir matériel ici-bas, si ce n'est avoir une compagne, d'user de son corps, de le caresser avec dévotion, d'une âme aimante, éprouver dans un caprice l'extrême l'abandon de soi-même. Nous n'avons rien de tout cela ici, nous restons dans nos cagnas encerclés de tranchées et de barbelés, vivant en solitaire dans la foule des solitaires.
Le 16 décembre ; le régiment doit rentrer en France vers le 15 janvier.(militaires de carrière 12 mois). Je fais une demande pour passer à la légion syrienne. Serai probablement accepté.
Le 10 décembre : pas grand chose de […. ?....] au paisible village de Khassa. […] est arrivé un maison de famille pour […]  avis aux amateurs !!
Je n'irai pas, je veux être mieux c[morceau déchiré] image ; et puis c'est non, je n'y ai pas le cœur.

Difficultés de compréhension avec les habitants Turcs.

perigourdin-en-syrie 23Des enfants viennent chaque jour rôder autour du poste : ils sont craintifs, mais peu à peu ils s'accoutument aux mœurs des Français. Nous leur donnons,  à manger quelques sucreries, quelques " bargous " (pièces blanches). Nous essayons de montrer notre civilisation, mais je crois que c'est peine perdue
La femme musulmane porte sur son dos des charges fantastiques, elle va courbée en deux sous une charge énormes, pieds-nus sur les chemins brûlants l'été, boueux l'hiver. Vêtue d'un grand sarraut, une ceinture lui ceignant la taille ; un pantalon tombant et serré sur les chevilles.
Elle porte l'enfant  sur le dos au moyen d'un châle noué sur la poitrine.
Vers 9 heures le matin, c'est l'heure de la fontaine, le soir, vers 5 heures, un peu avant la fin du jour. Alors commence le défilé des femmes aux pied-nus. Elles arrivent une par une avec une cruche en bois, pour puiser l'eau ; chaque fois que la femme vient chercher l'eau, elle se lave les pieds, la figure.
Les jours de beau temps, c'est le grand lessivage, les effets sont lavés et fièrement installés sur les buissons près de leur gourbi, ces dames n'ayant point de vêtements de rechange, se contentent  simplement de se jeter une sorte de couverture sur les épaules et ainsi en costume un peu bavard procèdent à leurs occupations habituelles.
L'ennui de la vie de garnison

Un mariage en Turquie est assez pittoresque et mérite d'être relaté :
Tout d'abord ont lieu les fiançailles, le futur fait promener à dos d'homme tous les meubles et effets achetés en l'honneur de la future. Les amis du fiancé perigourdin-en-syrie 24se joignent à lui et circulent toute la journée dans les rues du village en poussant des cris de chacals. Un crieur annonce le mariage de X…. Ibrahim Bey et Fatima Bey Mécharka, la richesse du futur, ses qualités etc. ….. les autres approuvent en hurlant. Quelques jours plus tard ont lieu les réjouissances du mariage. De grand matin une sorte de drapeau  blanc est installé à la façade du Gourbi, alors commence le Tam-tam. Les Tebh, la Raïta lancent dans l'aurore leur bruit sourd et monotone, les amis du fiancé vont chercher la mariée chez elle et la ramène à la maison qui lui est destinée. Elle est à cheval, la figure recouverte de voiles multicolores, de chaque côté se tiennent les deux intimes du marié (garçons d'honneur). Le cortège défile musique en tête (Tam Tam) et parcoure le village. Ce jour là les cavaliers font la fantasia, font des prouesses d'équitation. La mariée prend possession de son nouveau domicile et reste entourée des femmes du pays. Le marié ne voit sa femme que le lendemain après l'opération…… il montre aux assistants la serviette maculée de sang.
Dans ce cas, le mariage est bon, la fiancée était vierge dans le cas contraire, le mariage est cassé. Dans les quinze jours qui suivent la noce elle ne fait aucun travail mais après ce laps de temps sa vie d'esclave commence et ce n'est pas peu dire.
Le 24 décembre 1921 : Ce soir, c'est Noël, nous  allons le célébrer à notre façon !!
Visite au Bobinaud !! Haïque ( ?) fait un carton après ( ?) je fais le voyeur, rires et contorsions.
Défilé chez Hadji, biture et accessoire. Champagne etc… Messe chantée à minuit, dit par l'aumônier militaire au Konac. Retour chez Hadji, la biture mijote, préparons le Réveillon.
Retour au poste. Poulets, vins, liqueurs, etc…..
Nous nous couchons à 5 heures et ½ le matin, pas excessive le lendemain.
25.12.21 Journée sombre, manque d'entrain.
26.12.21 Nous devons quitter Khassa incessamment
1° le régiment devant embarquer pour France le 15 janvier.
2° Nous devons officieusement laisser Khassa aux Turcs , nous ne nous en faisons pas, nous mangeons, buvons et veillons.
Pas de lettre, c'est le noir, que font donc en France nos correspondants ?
Ah ! il ne faut pas s'émotionner ; nous sommes habitués à languir sur les nouvelles.
La vie n'est point gaie ici, mais en bon soldat, le cœur est cuirassé contre toute amertume, nous tenons nos postes sans broncher.

Un peu de mouvement

perigourdin-en-syrie 2527 décembre, RAS
28 décembre 1921 : Je suis affecté au 19e Régiment de Tirailleurs Algériens avec tous les militaires du bataillon ne devant pas rentrer en France.
Désigné comme chef de détachement, départ de Khassa le 1 er janvier, nous bivouaquons à Taotoh-Chaqui.
La nuit, il pleut à torrent, heureusement que je couche sous la tente du lieutenant  Tanguy.
2 janvier 1922, départ sur Keri Kan. Le chemin est excessivement mauvais, de la boue jusqu'aux genoux. Nous sommes obligés de traverser les oueds à pieds de ce fait nous avons de l'eau jusqu'au ventre.
Brisés de fatigue, nous arrivons à Keri Kan vers 13 heures. Installation du bivouac. Je me présente au commandant d'armes, téléphone au bataillon à El Haman.

Déjeunons dans un petit restaurant arménien avec les camarades et le lieutenant Tanguy.
Nous buvons légèrement et le soir je retrouve l'adjudant Bleyrt. Nous buvons un peu fort, nous allons aux X……, je suis fourbu, la tête me tourne, je sors et vais au bivouac me coucher, mon ordonnance me déchausse !!
perigourdin-en-syrie 26Le 3 janvier 1922 : Réveil un peu marqué par une G…. de bois. Pagaye complète, les autres sous officiers sont encore ivres.
Départ du convoi à 8 heures, nous faisons la halte repos à Moured-Pacha. Nous y sommes invités par un sergent colonial à casser la croûte.
J'ai hâte d'arriver à El Haman, étant chef de détachement, je suis passablement responsable.
Les hommes sont fatigués et ne peuvent guère marcher. Leurs chaussures étant dans un très mauvais état.
Après avoir fait nombreuses pauses, arrivons à El Haman où je me présente au commandant du bataillon du 27e RTA.
Pris en subsistance à la 3e compagnie.
Le 4 janvier 22 : je fais les états concernant le détachement du bataillon.
Le 5 janvier 1922 : départ d'El Haman à 7 h 30 nous arrivons et bivouaquons à Caracol Abderaman à 14 heures.
Le 6 janvier 1922 : départ pour Catma.

Le 6 janvier 1922 : départ pour Catma. L'étape est très longue les hommes étant excessivement fatigués  nous avançons lentement dans la campagne déserte. Nous arrivons à la Frima, elle est grossie par la pluie, il est presque impossible de la traverser.
perigourdin-en-syrie 27Je suis envoyé par le chef de détachement pour trouver le gué, je fais environ 500 mètres et aperçois des bédouins  traversant la rivière avec des voitures.
Je tire un coup de révolver pour avertir la colonne que j'ai trouvé, puis je rentre dans l'eau et commence la traversée : l'eau m'arrive jusqu'à la ceinture et, mon révolver autour de mon cou ; le courant est très fort je faillis être entrainé, enfin j'arrive sur l'autre berge, mouillé, qu'importe, un peu plus un peu moins.
La colonne ne peut passer, il y a trop d'eau.
A un kilomètre, des ouvriers construisent un pont, je m'y rends, il y en a pour deux heures pour installer des planches  pour faciliter le passage de la troupe.
4 voitures sont entrainées par le courant, 5 mulets sont noyés. Arrivée à Katma vers 16 heures.
Katma le 6 janvier 1922 : installation du bivouac dans la boue. Nous mangeons au cercle des sous officiers .Rencontre  Guichon (de miramas).
7 janvier 1922 : Perception des vivres aux subsistances
8 janvier 1922 : départ pour Maarset. L'étape est pénible, 28 kilomètres. Je souffre, j'ai un pied enflé. Un gendarme me prête un cheval, je fais l'étape à cheval
8 janvier 1922 : Maarset . village bédouin. Je suis reçu par le Moktar. Je lui achète des vivres et de la paille.
9 janvier 1922 : Arrivée à Alep. Reçu par le colonel du 19e RTA.
Souper au chapon fin. Nuit au claque.
10 janvier 22 : R.A.S.
Les jours fuient sans apporter un grand changement à ma situation. Mon travail m'obsède, c'est tout !! Je n'ai pas le temps de sortir. Avec Frupost le dimanche soir nous allons au " cinéma ", c'est là notre unique sortie.

Tous ces jours-ci il pleut, de rares journées sont ensoleillées. Ce temps plus que gris  rivalise de teint avec notre âme ; pas de lettre, rien, toujours rien !!!
Le courrier arrive en Syrie et au fur et à mesure est expédié en France sur le 27e RTA à Toul, et de là il revient ici. Ainsi s'explique la pénurie de lettre.
11 février 1922 : Petite promenade aux abords d'Alep, puis retour nonchalant au bperigourdin-en-syrie 28ureau. Le séjour à Alep s'éternise et franchement je commence à en avoir par-dessus la tête, le service est pire qu'au départ, et puis je préfère la colonne !!
C'est la vie libre, l'imprévu, privations ou attaques, qu'importe c'est la vraie vie de soldat, c'est celle que j'aime !!

Histoire de rire, je peux me permettre de caricaturer un spécimen et impostures qui bouleversèrent notre quiétude. Voyez d'ici l'âme sentimentale de ce vieux grognon, et quel degré  de plaisir on peut éprouver en coudoyant cette secte !!
Il faut avoir un riche caractère et prendre le temps comme il vient, ne pas se formaliser, même aurait on raison !
Mon bureau, c'est une vraie administration, secrétaires, archives etc….. j'ai un travail excessif, mais avec ordre et méthode le résultat est sans être excellent, exempt de tout reproche.
J'ai fait une demande pour passer à la légion syrienne, adressée au général en chef  commandant l'AFG. Elle n'a pas abouti faute d'appuis favorable de mes chefs hiérarchiques, le colonel m'ayant annoté ainsi :
" Excellent comptable, est le seul à la Compagnie actuellement indispensable. Du reste ce sous officier a été déjà récompensé en obtenant l'autorisation de faire un deuxième séjour au Levant "
perigourdin-en-syrie 29C'est certainement pas la récompense que j'espérais !!
L'armée du Levant est en pleine déchéance, où sont nos régiments du début, nos vrais régiments de tirailleurs, où tous nous savions nous comprendre… ?
Plus de combats, plus de colonne, c'est le calme plat, l'ennui, l'engouement de notre vivacité.
Alep possède u cinéma, chaque dimanche soir, j'y vais en compagnie de deux ou trois camarades. De temps en temps de bonnes bouteilles de vieux Bordeaux peuvent égayer, dissiper le noir qui assombrit nos cœurs. C'est la vie au Levant, subissons la, c'est un geste de sagesse.
Le 2 avril 1922 : Dimanche, paiement du prêt, travail excessif toute la journée . le soir nous mangeons, adjudant Caucès, sergent Bertet, Frupost, gaulier et moi. Nous décidons de faire un tour en ville. Nous sortons du quartier et prenons un " arabadji " qui stationne devant la porte.

Fait divers

Nous roulons en voiture tout en jouant de l'harmonica, en chantant. Tout à coup, nous apercevons un individu courant tant bien que mal et poursuivi par deux tirailleurs le fusil en mains. A notre hauteur il touche. La voiture roule de toute la force de ses nerveux petits chevaux et avant d'avoir réfléchi à ce que pouvait bien être cette poursuite, les chevaux se cabrent et s'arrête séance tenante.
Nous regardons tout autour de nous et ne distinguons rien. A terre cependant une tâche noire se dessine. Nous descendons de voiture perigourdin-en-syrie 30craquons une allumette, quelle n'est pas notre surprise en trouvant un homme inerte à nos pieds.
Vite, nous enlevons la lanterne de l'araba, et ainsi éclairé, nous procédons à une minutieuse inspection : l'homme est un civil, il est la face contre terre et quelques râles sourds sortent encore de sa poitrine.
Nous le mettons sur le dos, et malgré nous nos cheveux se dressent, il a le visage affreusement rougi de sang ; sa barbe est un hideux pinceau rouge ; son front est lardé de coups de couteaux et par endroits jaillissent des lambeaux de cervelle.
Nous le transportons sur le bord de la route, quelques soubresauts l'agitent et puis plus rien. La mort a accompli son œuvre. Nous cherchons autour du cadavre et à notre surprise, trouvons un livret individuel au nom de Fégent artillerie malgache. Deux tirailleurs sont là, ils étaient après les deux qui poursuivaient l'inconnu. Nous leur passons la consigne de veiller le mort jusqu'à l'arrivée de la police que nous allions prévenir. A ce moment, les deux tirailleurs qui avaient engagé la poursuite arrivent avec un militaire. Nous demandons un nom, et sans hésitation il nous le donne. Nous lui faisons mettre haut les mains, le fouillons. Il n'a  pas d'armes ; avec une ceinture de flanelle nous le ligotons et lui passons une distribution en règle. Puis de force nous le trainons ou gît le cadavre, mais il se traine et ne veut pas voir le hideux cadavre.
Nous le transportons dans notre araba et allons prévenir la police syrienne pour qu'elle aille veiller le civil.
Je décline noms et qualités de nos camarades et la suite, puis nous filons vers la prévôté française, toujours flanqués de notre assassin.
Nous arrivons à Babel Hadj et remettons aux gendarmes français le militaire assassin. Là encore, je donne nos noms, puis nous sommes libres. Nous avons accompli notre devoir, nous avons la conscience tranquille d'un honnête homme.
Le 4 avril 1922, à 6 heures un gendarme nous porte une ( ?) pour déposer comme témoins. Ce militaire est âgé de 22 ans et a à son actif trois conseils de guerre et sort des compagnies de discipline. Celui là va être son quatrième, mais cette fois sera la dernière car il aura les travaux forcés à perpétuité  s'il n'a pas le peloton d'exécution.

Les troupes de l'Euphrate

perigourdin-en-syrie 315 avril 1922 : nous faisons nos préparatifs pour partir en colonne, nous allons constituer un  groupe franc dénommé " troupes de l'Euphrate "
Sur les bords lointains de l'Euphrate historique
8 avril : c'est la fièvre du départ, les voitures sont chargées, les troupes rassemblées dans l'immense cour du quartier ; un signal et ouste, tout se déclenche nous partons sur der ez zor.  L'étape est longue, nous sommes pas mal fatigués, surtout que c'est le premier jour de marche. Vers une heure l'après midi nous arrivons au bivouac de Jubb es Soffa.
8 avril : Jubb Es Soffa, village  entièrement bédouin ; les tentes sont montées, nous nous reposons toute la journée. (Roue à eau)
Le lendemain matin, nous partons vers 3 heures vers le bivouac de deir haffin où nous arrivons vers 12 heures.
9 avril : Deir Haffin ; nous bivouaquons à la sortie du village. L'après midi, je fais quelques photos et prenons des forces pour le lendemain. Car nous allons avoir une étape de 50 kilomètres
                Nous quittons le patelin le 10 au matin et nous dirigeons sur Meskene.
10 avril ; nous arrivons à Meskene à 16 heures, nous avons fait une halte repos de 1 heure 30, nous avons marché pendant 11 heures 30. Sans trouver une seule goutte d'eau.

perigourdin-en-syrie 32L'Euphrate

Installation du bivouac, ravitaillement etc… le lendemain matin repose. Je prends le cheval du capitaine et vais voir l'Euphrate qui est à environ 400 mètres, là aussi j'ai pris deux photos. Le commandant donne l'ordre de lever le bivouac à 12 heures. Nous quittons le village de Meskene à 14 heures. Nous marchons jusqu'à 17 heures et bivouaquons au vieux Meskene (nous avons fait 15 kilomètres ce jour pour abréger l'étape de demain qui comporte encore 52 kilomètres).
A cet endroit l'année dernière il y a eu une centaine de tués au cours de la colonne de Bienvu.
Le 12 nous quittons le vieux Merkene et partons sur Abu Arreta.

Les traces du génocide arménien de 1915

Le 12 nous quittons le vieux Merkene et partons sur Abu Arreta.
12 avril Abu Arreta nous bivouaquons sur un plateau qui domine l'Euphrate. En face sur l'autre rive du fleuve à environ deux kilomètres, se trouve le tombeau de Célim II qui fut tué par les janissaires avec ses 4 femmes et 32 enfants. Ce tombeau est gardé par un officier turc et 40 soldats depuis 400 ans. Le traité de Sèvres le concède à la Turquie. J'ai vu durant mon séjour à Constantinople à Stamboul dans Sainte Sophie le tombeau de Célim II qui n'est que l'imagination du réel tombeau que j'ai devant les yeux.  Nous quittons Abou Arreta le 13 au matin et nous dirigeons sur El Haman, où nous arrivons vers 13 heures exténués de fatigue.

13 : El Haman. Le bivouac est installé sur la rive droite de l'Euphrate, dans un cimetière arménien. Plus de 500 tombes émergent du sol caillouteux. Ces Arméniens furent massacrés par les Turcs lors des déportations en 1915.

 perigourdin-en-syrie 33 perigourdin-en-syrie 34 

Tracas sur la route

perigourdin-en-syrie 35Le 14 au matin, nous quittons El Haman et nous nous dirigeons sur Rakka après deux heures de marche, la flèche de la roulante se brise, la roulante est renversée et un mulet est blessé. Avec Frupost je rentre pour réparer les dégâts, l'arrière garde arrive et attend que nous ayons fini. Deux heures après, nous repartons, la route est longue, le vent du désert souffle, nos yeux sont brûlants, la soif nous fait horriblement souffrir. Plus loin, la route est impraticable et c'est avec peine que nous réussissons à passer notre encombrante cuisine roulante.
Nous arrivons à Rakka avec un retard de deux heures sur la colonne.
14 avril Rakka. Exténués de fatigue, nous nous dirigeons vers la tente bureau qu'on aperçoit dressée à quelques centaines de mètres ; j'appelle l'ordonnance, et lui demande de l'eau ! Pas d'eau encore ! Notre petite chienne dédelle a été tuée. Le matin, au passage d'un défilé elle est tombée et a roulé sous une araba. Le reste de la journée se passe à peu près avec le lieutenant Jacquemin je vais au-delà de l'Euphrate sur la rive gauche.
Nous nous approvisionnons au poste de l'intendance et revenons au bivouac.

L'Euphrate est un fleuve dangereux

15 avril : nous sommes invités par le 1er bataillon à déjeuner. Nous nous y rendons avec une " chertouch " perigourdin-en-syrie 36(barque). Après avoir pris congé de nos hôtes, nous reprenons sagement le chemin du bivouac. Nous prenons place dans une chertouch. Les bateliers ne peuvent pas nous traverser. Un maréchal des logis de Spahis fait monter de force les bateliers dans la barque et par par ses hommes fait couper la corde. Le courant étant excessivement fort, la barque file, une seule corde tient encore, je me cramponne de toutes mes forces pour que la barque ne dérive pas, mais elle casse et avant que je sois entrainé je pique une tête dans l'eau. La barque s'en va à la dérive, il y a la panique, tous ceux qui étaient dans la barque sautent à l'eau.
Je suis entrainé par le courant, deux légionnaires m'ont saisi, ils ne savent pas nager. Un me prends par la taille, l'autre s'agrippe à mon cou.
Je commence à boire et juge la situation critique. Un regard vers le ciel, je me sens électrisé, je ne veux pas mourir bêtement, je veux vivre !! De mes mains restées libres je frappe avec violence mes deux crampons qui resserrent davantage leur étreinte. Le courant nous emporte toujours !! D'un suprême effort je me dégage et d'une brassée je remonte le courant ou tout au moins je reste sur place, nos deux désespérés filent plus loin. Ouf, maintenant il s'agit de regagner la rive, ce n'est pas chose facile, je nage en biais, c'est la seule façon d'accoster. J'arrive enfin à la berge. Quelques tirailleurs m'aident à grimper sur elle, je suis exténué, je m'affale, brisé.
Je me relève, les jambes en coton. Un légionnaire me tend un peu de rhum, je vais mieux et n'ai qu'un désir, vite rentrer au camp changer d'effets.
perigourdin-en-syrie 37Dans ma baignade forcée j'ai perdu mon appareil photo, il m'a été arraché dans l'eau par un des légionnaires. D'eux, je ne sais ce qu'il est advenu.
16 avril : dans ma tente je trouve cinq scorpions noirs, le plus gros mesure 15 cm. Brrr……
Ce n'est pas le moment de se laisser piquer.

17 avril départ de Rakka à deux heures, nous longeons des rochers surplombant un lac bleu. C'est féérique cet endroit. Sur l'autre rive du lac, on aperçoit des canards des oiseaux multicolores, des flamands roses, de grosses tortues d'eau qui reposent béatement sur un bloc de marbre blanc tombé de la falaise. C'est admirable !!
Une chose nous plait aussi, c'est que nous allons avoir de l'eau claire, depuis 10 jours que nous buvons de l'eau rouge cela devient un peu dur.
El Sabka 17 avril : nous y arrivons à deux heures, hélas, ce n'est pas de l'eau claire que nous avons, mais toujours de l'eau rouge de l'Euphrate. La journée se passe sans incident.
El Moscadan 18 avril nous y arrivons et faisons une bonne journée de repos.
Tibni : 19 avril. Nous installons le bivouac dans des tamaris. Il fait une chaleur excessive, les officiers vont à la chasse, j'ai la tête en feu, je vais avoir un accès de fièvre. Le soir à 16 heures, j'aifroid, je grelotte, mon ordonnance met des couvertures sur moi, sans résultat. Je me couche sur mon lit de camp. L'infirmier me prend la température à 17 h 30, j'ai 39.5° de fièvre à 18 h 20 j'ai 41.5°.
Le médecin vient me voir ainsi que le capitaine et lieutenant de ma compagnie. Le lendemain nous avons repos. Heureusement, sans quoi je serais incapable de marcher.
Bivouac Debieuvre ( ?) : 21 avril. Nous y arrivons à 12 heures je suis toujours malade et l'étape m'a très fatigué. Je repose mais sous la tente il fait très chaud, il vaut encore mieux être au soleil.
Le 22 avril 1922 nous quittons le bivouac et nous dirigeons sur Deir ez Zor, c'est la dernière étape. Je suis très fatigué, mes jambes tremblant sous moi ; la chaleur est accablante et le siroco nous coupe le visage de son claquement brûlant.
Nous arrivons à Deir Ez Zor et défilons dans le village, malgré la fatigue des longues étapes, c'était magnifique de voir se redresser sous le poids des sacs, les tirailleurs avec leur face de bronze. Le village entier était dans l'unique Grande rue. Les gens du pays ont été très impressionnés. Nous installons le bivouac près des  cimetières au sud du village.

perigourdin-en-syrie 38à Deir Ez Zor.

Le 23 avril 1922 nous prenons les consignes à la 6e compagnie sénégalaise du 17e RTS que nous relevons.
Le 24 avril 1922 nous nous installons dans une vieille caserne turque. Deir Ez Zor est une petite ville entièrement arabe d'un style agréable, une grande rue transversale style européen lui donne l'élégance des villes coloniales. L'Euphrate coule en trois branches entourant deux ilots qui sont seuls la richesse du pays. Pour la culture, les gens du pays sont obligés d'élever l'eau de l'Euphrate au moyen de " norias " ; ils irriguent de cette façon et obtiennent quelques bons résultats.
Les femmes ont toutes des anneaux au nez, tatouées aux lèvres, aux yeux, etc.… La population est entièrement musulmane. Le temps passe,  je vais à la chasse, autant que mon travail de comptable me le permet, je fais de la photo, etc. …
Il fait excessivement chaud à Deir Ez Zor.

perigourdin-en-syrie 39Je continue ma vie coloniale dans cette localité où la chaleur y est excessive jusqu'au 25 août 1922. Nous devons partir sur Salahié, ancienne ville romaine où fut tué parait-il d'après les études archéologiques de nos éminents contemporains " Alexandre le Grand ".
25 août 1922, nous quittons Deir Ez Zor au matin vers 3 heures. L'étape est longue et pénible, il fait chaud à l'excès, le sable brûlant que nous foulons à nos pieds échauffe des derniers au point d'endurer des souffrances atroces. Les tirailleurs sont courageux, certains défaillent bien un peu, mais les lazzis des camarades les encouragent ; des gradés influent suffisament sur leur énergie afin de la rehausser.

Salahié

perigourdin-en-syrie 40Nous arrivons à une boucle de l'Euphrate où nous bivouaquons jusqu'au lendemain matin. Le lendemain matin, nous reprenons l'étape et arrivons à ……………… à 8 kilomètres de Dheyadine.
26 août 1922 le dmudiv du village vient présenter les hommages au chef du bataillon Hamel, commandant le groupe léger du Bas Euphrate. Ce notable de la ville est un ancien officier turc et cause admirablement le français.
27 août 1922 : nous quittons le village et devons arriver dans la matinée à l'emplacement des ruines de Salahié.
Le commandant Hamel me donne un cheval, et j'ai mission de l'accompagner. Nous quittons la colonne et partons en avant escortés de deux gendarmes chérifiens.
En route, nous croisons quelques caravanes de chameaux qui viennent de Bagdad pour se rendre à Alep. La piste est mauvaise, de gros cailloux épars la tapissent. Nous arrivons sur un plateau, immense étendue désertique, nous activons nos chevaux, et au bout d'une heure de selle, nous apercevons dans le lointain la silhouette noire d'un Tell. Non, ce n'est pas un Tell comme l'on pourrait croire à première vue, mais bien les vestiges des remparts de la vieille citadelle romaine.
Vers 10 heures du matin nous franchissons la porte d'entrée de cette construction gigantesque, l'intérieur est un véritable chaos de monticules de terre, de briques et de débris de poteries anciennes. Nous y explorons les moindres recoins, sur le flanc des remparts, face à l'Euphrate, à une hauteur de 200 mètres environs, un bastion encore intact nous inspire un bien frais pour conserver nos denrées périssables, car ici il fait une chaleur tropicale. Nous continuons notre reconnaissance et optons pour l'emplacement des troupes, un endroit déjà occupé par les Anglais au cours de la Guerre.
Les Anglais ont déjà fouillé cette ville antique et nous apercevons au flanc d'un vieux mur une scène grecque peinte hommes et femmes de grandeur naturelle. Ça et là, leur visage est lacéré de coups de couteaux et de traces de balles, c'est l'œuvre des Arabes qui d'après le Coran ne doivent pas avoir d'images, et leur premier soin, lorsqu'ils chassèrent les Anglais de cette région fut de détruire en partie ces chefs d'œuvre.

Une initiative bienvenue

Le convoi étant arrivé, prit les positions de bivouac et une heure après, on pouvait voir sur ce terrain bouleversé, qui n'était autre que les toitures des maisons ensevelies,  les grandes tentes blanches coniques dresser vers le ciel infiniment bleu, leurs formes gracieuses coiffées d'un champignon noir.
perigourdin-en-syrie 41Une sonnerie de clairon et dans un silence religieux le pavillon français s'élevait lentement vers l'azur pour dominer de sa protection les fragiles abris des poilus de France, perdus dans le désert.
A nos pieds, le long ruban jaunâtre de l'Euphrate se déroulait en méandres, caressant de ses eaux  au courant très fort, les berges friables de sable où poussait très drus les tamarins verts. Des vols de pigeons bleus, des légions de corneilles croassant dans les trous des rochers, en bas quelques francolins, à la course rapide fuyaient devant le pas lourd des tirailleurs portant de l'eau.
Après le remue ménage habituel de l'arrivée, tout rentra dans l'ordre, la sieste étant exigée, on n'entendait que le bruit des oiseaux apeurés ou la crosse d'un moukala heurtant une pierre.
Les jours suivants,  eurent lieu les travaux de sondage. La légion étrangère et nos tirailleurs furent divisés en ateliers et chacun de ces noyaux de travailleurs firent diligence.
Le chef de bataillon me donna pour mission de me rendre à Deir Ez Zor afin de ravitailler le groupe en légumes, provisions de toute nature et mit à ma disposition à cet effet 6 Arabes et 4 spahis marocains comme escorte. La région n'étant pas sûre, les Rezzous (razzia) étant à redouter je m'entourais des précautions les plus élémentaires et ayant carte blanche pour fixer le départ, à la grande surprise de tous, je déclarais partir à 17 heures afin de faire l'étape en pleine nuit.
Le 28 août je reprenais le chemin de Deir Ez Zor à 17 heures ayant avec moi mes 6 arabes, deux mulets et 10 hommes (algériens et marocains). Quoiqu'ayant tout mon temps pour arriver je ne partageais pas l'opinion du commandant de faire le trajet en trois étapes en tenant compte des points d'eau. Je préférais filer directement sur Mejadine, l'étape était longue (50 kilomètres) mais avec un peu d'énergie et en ménageant les animaux, nous pouvions les couvrir assez facilement, étant favorisés par la fraîcheur de la nuit. C'est ce que je fis.
J'ai fais 7 convois identiques et avec une nuit pour faire chacun aller et retour, en tout 5 jours. J'eus les félicitations du commandant, cela va sans dire.

Alexandrie

perigourdin-en-syrie 42Le 18 novembre 1922 nous revenions à Deir Ez Zor, nous restons 1 jour de repos à Mejadine. Le commandant fut reçu par le Laïmakan  et nous logeons dans la rue du village.
21 novembre 1922, nous étions de retour à Deir Ez Zor
2 décembre 1922, je quittais Deir Ez Zor  pour Alep, nous refaisions le chemin déjà fait en avril en nous arrêtant aux mêmes points d'eau et nous arrivions à Alep le 17 décembre 1923.
A Alep, j'ai vu le capitaine Lalanne commissaire du groupement à qui j'avais été recommandé par la famille Bouget.

Le 20 décembre, nous prenions le train et arrivions à Beyrouth dans la nuit.
Nous sommes logés aux arts et métiers. Le 22 décembre au matin, j'embarquais à bord du sphinx à perigourdin-en-syrie 43destination de Marseille. Nous faisons escale en Egypte à Alexandrie, j'ai visité cette ville qui est de toute beauté.

Le 31 décembre 1922 nous étions en rade de la Joliette à Marseille.
Le 1er janvier 1923 j'arrive à Bordeaux à 8h20 et à la maison à 9 heures.
Permission de 119 jours  du 1er janvier 1923 au 29 avril (mariage le 22 février 1923)
Je rejoins Arles le 30 avril 1923 : j'attends mon départ pour Constantinople, je visite la ville provençale dans ses moindres recoins. Je quitte Arles le 18 mai 1923 pour Marseille où j'embarque le 19 mai 1923 sur le Phrygie.
En Orient (2ème fois)
perigourdin-en-syrie 44Débarqué à Constantinople le 25 mai 1923 fais demande de rengagement pour revenir en Syrie. Je reprends donc la vie de Constantinople, abandonnée par moi en 1920 lors de mon départ pour la Syrie.
En effet, à Stamboul il y a de petites maisons de bois aux fenêtres discrètement grillagées de bois mais avec des reflets mauves.
Ici tout est changé surtout depuis que les kémalistes sont rentrés dans la ville, ce ne sont que des casernes et des services Turcs, des cavalcades à la moindre occasion, traînant le drapeau Turc dans n'importe quelles circonstances.
En ce moment, ce sont les élections, les urnes sont déposées à la porte de chaque mosquée, une photo de Kémal est pendue tout à côté avec les versets du Coran. Un gendarme  et un ou deux notables servent de cadre.

Mustafa Kemal Atatürk

perigourdin-en-syrie 45[Fin du carnet] Après l'effondrement de l'Empire ottoman en 1918, Mustafa Kemal Atatürk prit le pouvoir en Turquie en 1920. Mais il fut vite confronté à des conflits d'ordre militaire. Puis, après son élection au poste de président de la République en 1923, il entreprit une politique de modernisation et de laïcisation de l'État. La forme kémaliste du pouvoir a trouvé son expression juridique dans la Constitution du 20 avril 1924. D'après l'article 2 de cette constitution, la République, telle que décrite à l'article 1, était considérée comme "républicaine, nationaliste, populaire, interventionniste, laïque et révolutionnaire". Ces caractéristiques déterminent le contenu idéologique du Parti populaire républicain qui, sous Mustafa Kemal, était le seul parti toléré.  Farouchement moderniste, Atatürk considérait comme révolue l'époque des empires fondés sur une base religieuse et refusait la domination suprême de l'islam sur son pays; en fait, il refusait l'islam dans la gestion politique d'un État. La Turquie devint le premier "État musulman laïc". De plus, le modèle impérial pluriethnique de l'Empire ottoman fut rejeté totalement au profit de l'État-nation axé sur la culture et la langue turques.
Sur la couverture du cahier Marcel a collé une consigne de punition dont le motif l'a amusé :

perigourdin-en-syrie 46